Nous sommes les descendants des « Superarchaïques »

La simulation par ordinateur des métissages ayant conduit aux génomes d’Homo sapiensactuels suggère une très ancienne hybridation.


Procy/Shutterstock

Il y a quelque 700 000 ans, les bifaces apparaissent en Europe. Ces pierres taillées emblématiques de la culture matérielle acheuléenne signalent l’arrivée en Eurasie d’une vague d’humains issue d'Afrique qui, se mêlant aux populations archaïques déjà présentes, sera à l’origine des Néandertaliens et de leurs cousins orientaux les Dénisoviens.


Une vision que confirment les travaux de l’équipe d’Alan Rogers, de l’université de l’Utah, aux États-Unis, qui a testé quelle modélisation des hybridations successives entre populations ancestrales explique au mieux les génomes actuels.

Les chercheurs ont échafaudé huit modèles de métissages successifs plausibles. Ils envisagent d’abord une hybridation des « Superarchaïques » – les Eurasiens d’avant l’arrivée de la vague africaine d’il y a 700 000 ans – avec ce qu’ils nomment les « Néandersoviens », les ancêtres communs aux Néandertaliens et aux Dénisoviens en Eurasie (les paléoanthropologues parleraient d’Homo heidelbergensiseurasiens).

Ensuite, suivant les modèles, ils tiennent compte ou pas des métissages connus : le premier entre les Dénisoviens et une population inconnue, que les auteurs ont supposée être superarchaïque ; le deuxième entre les ancêtres d’Homo sapienset ceux d’Homo neanderthalensis(il y a plus de 200 000 ans, mais on ignore où) ; le troisième entre les Néandertaliens tardifs et lesHomo sapiensnouvellement arrivés en Eurasie il y a quelque 50 000 ans.

Pour discriminer les modèles, ils ont utilisé une méthode statistique fondée sur un programme de comparaison des fréquences d’un jeu particulier de motifs ancestraux dans les génomes reconstitués d’un Africain yoruba, d’un Français, d’un Anglais, d’un Néandertalien européen, d’un Néandertalien sibérien et d’un Dénisovien avec celles que l’on mesure dans les génomes actuels. Le modèle le plus performant est celui qui reproduit les génomes contemporains avec la plus petite erreur statistique.


Le modèle qui a gagné est celui qui joint au métissage entre Superarchaïques et Néandersoviens les trois autres déjà connus. Les chercheurs ont choisi un taux de mutation faisant consensus et un intervalle intergénérationnel intermédiaire entre celui des humains actuels et celui des chimpanzés, afin de dater par l’horloge génétique les divergences entre formes humaines.



Les quatre métissages ayant conduit aux Africains (A), eux Européens (E), aux néandertaliens (N), aux dénisoviens (D) auxquels ont participé les Superarchaïques (S).


Ils sont ainsi parvenus à la conclusion que la population superarchaïque s’est séparée de nos ancêtres africains anciens il y a 1,9 million d’années en s’installant en Eurasie (où les plus anciens fossiles retrouvés datent de 1,8 million d’années). Puis des Néandersoviens très peu nombreux sont à leur tour sortis d’Afrique il y a quelque 700 000 ans (arrivée des bifaces en Europe) et se sont hybridés avec la population superarchaïque locale avant de se scinder en une lignée néandertalienne et une autre dénisovienne.

La séparation aurait été effective il y a quelque 500 000 ans et non vers 380 000 ans comme on le pensait auparavant. Finalement, ces chercheurs placent le métissage tardif néandertalien/sapiens il y a 50 000 ans. Un modèle qui reproduit bien la vision actuelle de l’évolution des Eurasiens, mais dont les performances – point à ne pas oublier ! – dépendent crucialement des valeurs choisies pour ses paramètres.



Source: Pour la science

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