Pourquoi si peu de femmes à un haut niveau de responsabilité médicale en France ?

Par Clément Arbrun


Le plafond de verre est difficile à briser en France. La preuve ? Le taux de postes médicaux à haute responsabilité occupés par des femmes est encore bien moindre. Des inégalités professionnelles aussi flagrantes qu'édifiantes.


"Beaucoup de mes collègues travaillent dans l'ombre et ont moins de visibilité médiatique".

L'espace d'un échange accordé à BFM TV, la Dr Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Antoine de Paris, revient sur une interrogation qu'elle ne connaît que trop bien : pourquoi y'a-t-il si peu de femmes à un haut niveau de responsabilité médicale en France ? Les réponses sont multiples : une sphère très centralisée, une prédominance masculine trop encombrante, une autocensure des professionnelles qui y travaillent...


Anne-Marie Guedj, cheffe de service au Pôle ICAGNE du CHU de Nîmes, le déplore ouvertement : pour ce qui est des femmes en médecine, il est encore difficile de percer le plafond de verre. Des inégalités intolérables à l'heure où l'on applaudit le travail de toutes celles qui, face au coronavirus, officient en première ligne.



"Je n'ai pas bataillé pour [avoir mon poste]. Quand on me l'a proposé, je pensais que ce n'était pas fait pour moi. On est formatées, on s'autocensure", admet Anne-Marie Guedj dans les pages du journal Midi Libre. Des mots qui font écho à ceux de Karine Lacombe et suggèrent en partie pourquoi l'on dénombre seulement 18 % de femmes au sein du corps des professeurs d'université en médecine et des praticiens hospitaliers en France. Ce n'est pas tout : les professionnelles féminines ne constituent qu'un dixième des hauts postes du pôle de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris. Des chiffres qui filent le vertige.


"C'est difficile de se faire une place dans un monde d'hommes, il y a une inégalité claire et nette", affirme au quotidien une femme médecin du CHU de Montpellier. Les raisons sont multiples. Le fait de ne pas appartenir à un "réseau", confie l'anonyme, ou plutôt à un "boy's club", mais aussi le "frein" de la grossesse. "Quand vous voulez un poste, on vous dit qu'il va falloir attendre pour avoir des enfants", s'attriste July Beghin, urgentiste au CHU de Montpellier.


Mais aussi, l'emplacement géographique. "Les collègues en province peuvent moins s'exprimer, on a moins de visibilité quand on travaille en région", affirme Karine Lacombe à BFM TV.


"Les femmes disparaissent au fur et à mesure que l'on s'élève dans les échelons professionnels. Si les médecins hospitaliers sont désormais majoritairement des femmes, elles sont très peu représentées dans les postes à responsabilité", fustige encore la philosophie féministe et professeure de sciences politiques Camille Froidevaux-Metterie, qui voit là le signe d'une "division sexuée des rôles" plus globale. Exemple ?

Il suffit de jeter un oeil au Conseil scientifique Covid-19 mis en place par le président de la République. Ou à cette Une du Parisien, évoquant "le monde de demain" à grands renforts d'experts... exclusivement masculins.


C'est comme si, évoque l'érudite dans les pages d'Usbek et Rica, "les hommes [avaient] la raison et le savoir théorique, [les] femmes les émotions et les tâches pratiques". Pourtant, les femmes sont en première ligne dans la crise sanitaire mondiale que nous vivons. Et ce "soin" qu'elles incarnent, poursuit la philosophe, va à l'encontre de bien des valeurs patriarcales, c'est à dire "à rebours de l'individualisme dominant qui survalorise la concurrence, la mobilité et la performance individuelle en faisant abstraction du cadre collectif d'ensemble".

Il n'empêche, "dès qu'on monte dans les échelons, on se heurte à un plafond de verre, c'est la même chose que dans les entreprises", tacle Anne-Marie Guedj. A raison : si 70 % des étudiants qui décrochent le concours de médecine sont des femmes, elles ne représentent même pas la moitié des chefs de service en France. L'écart se poursuit et l'ascension s'avère bien laborieuse, jusque dans des milieux comme la chirurgie et l'orthopédie.


Aujourd'hui, il n'est pas dit que le "monde d'après" - tel que l'imagine Emmanuel Macron - saura justement bousculer ce "vieux monde" fait d'inégalités professionnelles. Mais Karine Lacombe n'est pas si pessimiste. A BFM TV, elle l'affirme d'un sourire : "Dans les études de médecine actuellement, il y a un tel pourcentage de femmes que cela va forcément changer, par la force de la démographie."

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